Chaque soir, le vieil homme venait au parc et appelait : « Rex ! ». Il le faisait dans le vide, et tous les riverains pensaient qu’il pleurait un chien perdu.
Un jour, une fillette s’approcha de lui, portant un petit chien blessé dans ses bras.
« Lui aussi te cherche », dit-elle doucement.
Le vieil homme regarda l’animal et son cœur se serra : sur son oreille, il y avait une cicatrice en forme de trois petites étoiles, identique à celle que portait son Rex à lui. Une petite pochette était attachée au collier. Il en sortit un mot jauni : « Mon nom est Badie. Mon maître est malade. Il m’attend sur le banc. » Et avec le mot, une vieille photographie : on y voyait le vieil homme, bien des années plus tôt, jeune et souriant, tenant dans ses bras le même petit chien à l’oreille marquée.
La fillette lui expliqua alors que sa grand-mère, avant de mourir, lui avait fait promettre de trouver l’homme qui appelait « Rex » dans ce parc. Cette grand-mère avait un frère qui, autrefois, avait dû partir à l’étranger. Il avait confié son chien à un voisin, mais l’animal s’était perdu. De retour des années plus tard, le frère n’avait jamais retrouvé son chien et était venu chaque soir l’appeler ici, rongé par le remords et la nostalgie.
Le vieil homme regarda de nouveau la photo. Le frère, c’était lui. Le chien, Badie, était son Rex d’autrefois, celui qu’il avait cru disparu à jamais. Et la fillette, en trouvant ce chien errant et blessé, l’avait guidé jusqu’à ce banc, au bout de son attente.
Alors, le vieil homme prit délicatement le chien dans ses bras. L’animal lécha ses larmes silencieuses. Des années de regret et de solitude fondirent à cet instant.
Il n’appellerait plus jamais « Rex » dans le vide. À ses côtés se tenait désormais une enfant dont la foi innocente lui avait rendu bien plus qu’un compagnon : elle lui avait rendu la paix.
