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Comment ma grand-mère conservait le goût des myrtilles d’été tout l’hiver

Comment ma grand-mère conservait les myrtilles pour que le goût de l’été reste avec nous tout l’hiver

Quand je pense à mon enfance, le premier souvenir qui me revient, c’est l’été chez ma grand-mère. Une petite maison au bout du village, une véranda en bois qui sentait toujours la pâtisserie, et de grands récipients remplis de fruits posés à l’ombre du vieux pommier. Parmi tous les fruits que nous cueillions, les myrtilles occupaient une place toute particulière.

Dès le matin, nous partions ensemble en forêt. J’avais mon petit seau, et elle portait son grand panier d’osier. La forêt était pleine de parfums : la résine des pins, l’herbe, et quelque chose de doux qui flottait dans l’air. Nous nous asseyions directement par terre pour cueillir ces petites perles bleues. Mes mains devenaient vite violettes, et j’éclatais de rire en les regardant. Ma grand-mère souriait seulement : « C’est comme ça, cela veut dire que les baies sont mûres ».

De retour à la maison, la vraie magie commençait. Il fallait trier les myrtilles longuement et soigneusement. Ma grand-mère disait toujours qu’il fallait traiter les fruits avec respect : « Chaque baie est comme une goutte de soleil – si tu l’abîmes, le goût disparaît. » Elle m’apprenait à les rincer délicatement à l’eau fraîche, comme de petites pierres précieuses, puis à les étaler sur un linge pour qu’elles perdent leur excès d’humidité.

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Venait ensuite le moment le plus passionnant : la préparation des bocaux. Ma grand-mère les faisait toujours bouillir dans une grande marmite, en répétant : « La propreté, c’est la moitié du travail. » Quand les bocaux brillaient, elle commençait à y glisser les baies. Je l’aidais – de mes petites mains, je les versais doucement, en veillant à ne pas les écraser.

Dans chaque bocal, elle ajoutait un peu de jus de citron. Elle expliquait que cela apportait une note de fraîcheur et aidait les fruits à mieux se conserver. Ensuite, nous remplissions les bocaux d’eau claire – juste assez pour recouvrir les myrtilles, mais en laissant un petit espace en haut.

Alors commençait le processus que ma grand-mère appelait « le bain chaud des baies ». Les bocaux étaient posés dans une grande marmite, au fond de laquelle elle plaçait toujours un torchon, pour éviter que le verre ne se fissure. L’eau chauffait lentement, et les bocaux restaient ainsi pendant une demi-heure environ. C’était comme un rituel calme et solennel – sans précipitation, avec seulement de l’attention et de la tendresse.

Quand les bocaux refroidissaient, ma grand-mère les descendait à la cave fraîche. Là, sur les étagères, se dressaient des rangées entières de trésors bleus. J’adorais aller jeter un coup d’œil – il me semblait que sous chaque couvercle se cachait un morceau d’été.

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En hiver, cette impression devenait un vrai miracle. Lors des soirées glaciales, ma grand-mère ouvrait un bocal et ajoutait les myrtilles à de la bouillie, à des raviolis sucrés ou à une tarte. Parfois, elle les servait simplement dans un bol avec un peu de sucre. Et quand je goûtais la première cuillerée, j’avais l’impression d’être à nouveau dans la forêt estivale, avec la lumière du soleil filtrant à travers les branches et l’herbe chatouillant mes genoux.

Ce goût était unique, non seulement grâce aux baies. On y sentait l’attention et l’amour de ma grand-mère. Elle disait souvent : « Les fruits ne conservent pas seulement les vitamines, ils gardent aussi les souvenirs. » Et elle avait raison : chaque bocal rappelait l’été, nos rires et le simple bonheur d’être ensemble.

Aujourd’hui, je conserve moi-même les myrtilles comme elle me l’a appris. Chaque geste est plus qu’un simple procédé culinaire – c’est un rituel familial. Quand j’ouvre un bocal et que j’ajoute les baies à un yaourt ou à un gâteau, je comprends que ce n’est pas seulement une réserve de fruits, mais un symbole de chaleur et de douceur transmis de génération en génération.

Et chaque fois, je me surprends à penser : on peut vraiment garder un morceau d’été. Il suffit d’un peu de patience, de respect pour les dons de la nature et de joie dans les choses simples.

Ainsi, la simple myrtille devient bien plus qu’un fruit – une tradition, un geste de tendresse envers nos proches et un rappel que, même au cœur de l’hiver, la saveur ensoleillée de l’été peut revenir sur la table.

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