En arrivant à la maison, le chien s’était calmé, mais continuait à fixer le portail d’un regard étrange. Ses yeux avaient une intensité folle que je ne lui avais jamais vue. Je l’ai caressé, mais il restait aux aguets.
Quand la sonnette a retenti, Rex a semblé électrisé. Il a bondi avec une telle force que je n’ai même pas pu le retenir. En courant dans le jardin, j’ai assisté à une scène qui restera à jamais gravée dans ma mémoire.
Derrière le portail, ce n’était ni un livreur, ni le voisin. C’était… Lucas. Il portait son uniforme militaire, un sac sur l’épaule. Son visage était fatigué, mais il souriait. Il s’est avéré qu’il avait reçu une permission inattendue et avait décidé de nous faire une surprise à tous.
Mais le plus émouvant n’a pas été notre réaction, mais le comportement de Rex.
Le chien, qui quelques minutes plus tôt « faisait une crise » dans le jardin, était maintenant figé devant le portail. Il n’a pas couru, n’a pas aboyé. Il s’est approché de Lucas avec des pas lents, incroyablement prudents, comme s’il avait peur de rêver. Il a reniflé ses chaussures, puis a levé doucement le museau vers sa main.
Lucas ne bougeait pas. Il se tenait là, silencieux, des larmes coulant sur ses joues.
Et puis Rex a fait quelque chose qui m’a brisé le cœur. Il a levé sa patte et, exactement comme il le faisait toujours quand Lucas rentrait de l’école, l’a posée dans sa paume. C’était leur signe. Leur signe personnel, forgé par six ans d’amitié.
Il se souvenait. Il se souvenait de tout.
Lucas s’est assis par terre, a entouré le cou de Rex de ses bras et a pleuré sans un son. Rex a commencé à lécher ses larmes, avec des gestes doux et apaisants. Ce n’était pas un « reproche » de l’avoir laissé. C’était une joie sacrée, pure, de le voir de retour, entier.
Ce jour-là, j’ai compris deux choses.
Premièrement : Les chiens n’ont pas de montre ni de calendrier, mais ils ont une horloge du cœur qui fonctionne à la perfection. La « crise » de Rex n’était pas la sensation d’un danger. C’était l’attente. Il a senti son approche, même quand il était encore en chemin. Son corps réagissait à la joie anticipée qu’il ne pouvait contenir.
Deuxièmement : L’amour est un moyen de transmission d’informations que nous ne savons toujours pas expliquer. Comment Rex a-t-il su que Lucas rentrait avec sept jours d’avance, alors qu’aucun signe ne l’indiquait ?
Ce soir, ils se sont endormis sur le sol, la main de Lucas sur le dos de Rex. Le chien se réveille parfois, lève la tête, le regarde et pousse un soupir de contentement. Comme s’il disait : « Tu es là. Tu es vraiment là. »
Parfois, les plus grands miracles sont petits, ont des pattes et nous attendent derrière un portail. Il suffit d’être assez sensible pour les voir.
