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Après douze heures de travail chaque jour, je rentrais chez moi et entendais les reproches de mon mari sur le fait que la maison n’était pas rangée

Je m’appelle Anna, j’ai trente-deux ans. Je travaille comme infirmière dans une clinique de la ville. Mon travail est difficile, mais je l’ai toujours considéré comme une vocation : aider les gens, soutenir ceux qui souffrent, être présente dans les moments difficiles.

Chaque jour, je partais tôt le matin pour mon service et je rentrais tard le soir, après douze heures passées debout. Tout ce dont je rêvais après le travail, c’était de m’asseoir auprès de ma famille, d’entendre quelques mots d’encouragement et de sentir que l’on m’attendait à la maison avec chaleur. Mais à la place, je recevais les reproches de mon mari.

— Tu es encore rentrée trop tard, disait-il. — Les enfants ont éparpillé leurs jouets, la vaisselle n’est pas faite et le dîner est déjà froid. Est-ce vraiment ainsi qu’une famille doit vivre ?

Mon mari s’appelle Thomas. Ce n’est pas un mauvais homme, mais ces derniers temps, il s’irritait facilement. Ses paroles me blessaient, car je savais combien d’efforts je donnais à la maison, aux enfants et à mon travail. Je me levais à cinq heures pour préparer le petit-déjeuner de notre fils Olivier et de notre fille Émilie, les préparer pour l’école et la maternelle. Avant de partir travailler, je lançais une lessive, je faisais un peu de rangement, puis je courais à la clinique. Le soir, en rentrant, de nouvelles tâches m’attendaient encore.

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J’essayais de supporter tout cela en silence, pensant que le plus important était de préserver la paix dans la famille. Mais à l’intérieur, la fatigue et le ressentiment grandissaient. Ce qui me faisait le plus mal, c’était d’entendre que mon travail « n’avait aucune importance », alors que c’est grâce à lui que nous pouvions payer tranquillement notre crédit immobilier et vivre sans dettes.

Un soir, après une journée particulièrement difficile, j’ai de nouveau entendu ses paroles de reproche. Mais cette fois, j’ai senti que je ne pouvais plus me taire. J’ai pris une feuille de papier et j’ai commencé à écrire. Ligne après ligne, j’ai noté tout ce que je faisais chaque jour : du petit matin jusqu’à tard le soir.

Préparer le petit-déjeuner, habiller les enfants, les accompagner, travailler douze heures à la clinique, rentrer, ranger la maison, préparer le dîner, vérifier les devoirs, plier les affaires, payer les factures, coucher les enfants… Quand j’ai terminé, j’ai tendu la feuille à mon mari et j’ai dit doucement :
— À ton tour maintenant. Écris tout ce que toi, tu fais.

Thomas a pris le stylo, mais il est resté longtemps immobile. Ses yeux parcouraient mes lignes, et le silence a rempli la pièce. Il n’a pas réussi à écrire un seul mot. À ce moment-là, j’ai vu pour la première fois dans son regard non pas de l’irritation, mais de la confusion.

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Je l’ai regardé dans les yeux et j’ai dit calmement :
— Je ne peux plus tout porter toute seule. Nous sommes une famille. Et une famille, ce n’est pas seulement un toit au-dessus de nos têtes, c’est de l’attention, du respect et du soutien mutuel. Ce qui compte pour moi, c’est d’avoir à mes côtés non seulement un mari, mais aussi un partenaire avec qui partager les joies comme les difficultés.

Ces paroles ont marqué un tournant. Thomas n’a rien répondu, mais dès le lendemain, j’ai remarqué qu’il commençait à changer. Il aidait plus souvent les enfants avec leurs devoirs, préparait le dîner quand je rentrais tard, et parfois, il se levait même plus tôt pour préparer le petit-déjeuner. Mais le plus important, c’est qu’il a commencé à dire des mots simples mais tellement nécessaires : « Merci pour tout ce que tu fais », « Je suis fier de toi ».

Aujourd’hui, en repensant à tout cela, je comprends : cette conversation a sauvé notre mariage. J’ai trouvé en moi la force de dire ouvertement ce que je ressentais, et lui — la force de m’écouter. Il y a désormais plus de chaleur et de respect dans notre maison. Nous avons appris à partager les responsabilités et à apprécier même les plus petits efforts de l’autre.

Et la leçon la plus précieuse que nous avons tirée de cette histoire : une famille ne se renforce pas quand une seule personne se sacrifie, mais quand les deux partenaires apprennent à s’écouter, à se soutenir et à se remercier mutuellement.

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